Un ami m’a interpellé sur les subventions aux denrées de 1ᵉʳᵉ nécessité.
Ma position n’a jamais varié et je l’ai dit moi moult fois. D’abord l’État ne connait pas la structure de la demande ni le comportement de consommation des ménages faute d’études sérieuses sur les élasticités.
Ensuite il y a confusion sur la nature des produits que visent souvent les pouvoirs publics car le riz, l’huile, l’électricité, le lait sont tous des biens supérieurs pendant que l’oignon et le carburant sont de nature différente (bien normal et bien Giffen).
De 2000 à 2024, les mesures prises l’ont été sans étude sérieuse basée sur des émotions et de la politique car ayant ignoré des valeurs d’élasticités constituant la base de calibrage dans un modèle d’équilibre général calculable (MEGC qui quantifie les effets d’une politique publique). Sur ce point, 2 chercheurs sénégalais ont fait un travail remarquable sur le comportement de consommation des ménages au Sénégal face aux variations de prix (Sene et Gueye, 2024) à l’aide d’une estimation d’un modèle de système de demande quadratique (QUAIDS). Il faut le lire 👍🏼.
Enfin, l’expérience a montré que l’intervention de l’État par la subvention directe à la consommation est beaucoup plus au bénéfice des ménages avec revenu élevé que des plus pauvres.
Par contre, Lanié (2019) a bien montré qu’une politique de baisse de la TVA sur le maïs, le sorgho et le riz au Togo a eu un impact positif sur le bien-être des ménages au niveau national et s’est traduite sur les différentes catégories de ménages par une baisse de la pauvreté. Beaucoup d’études à travers le modèle QUAIDS sur des pays similaires confirment cette expérience ….
Il urge de rappeler aux décideurs que les élasticités prix et revenu varient en fonction du milieu, du degré de pauvreté et du niveau d’instruction du chef de ménage. Sans un ciblage intelligent, les mesures tendent à creuser la fracture sociale et à enrichir des opérateurs intermédiaires qui tiennent en otage l’économie depuis des décennies.
Le premier combat dans une économie reste la parfaite connaissance de ses composantes, les relations qu’elles entretiennent et leurs comportements systémiques. D’autres formes de soutien à la demande existent en dehors de la subvention directe à la conso. J’y reviendrai en la présentant dans le paradigme de l’abondance (approche kawçarique).
Jummah Moubarak à tous !
Cheikh Oumar Diagne