Mobilisée depuis une dizaine de jours, une équipe composée d’une dizaine d’archéologues sénégalais s’attelle à exhumer les traces du massacre perpétré en décembre 1944. À cette date, des tirailleurs sénégalais, anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale, furent lâchement abattus alors qu’ils réclamaient simplement leur dû : leur solde. Longtemps occulté, ce drame colonial constitue l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire commune entre l’Afrique et la France.
« Si on a la chance de retrouver des squelettes mutilés, on pourra même déterminer la nature des balles utilisées. Ce ne seront plus des hypothèses. Ce sera de la science, la vérité. »
— Professeur Moustapha SALL, archéologue, vice-président de la sous-commission des recherches
Les premières découvertes sont d’une telle gravité qu’elles ont conduit à une prolongation immédiate des recherches. Les fouilles visent à déterminer le nombre exact de victimes, la nature des blessures subies, et les circonstances réelles du massacre. Pour la première fois, il ne s’agira plus de reconstitutions basées sur des témoignages ou des documents d’archives, mais de preuves matérielles concrètes.
Les enjeux dépassent le simple cadre académique. Il s’agit d’un acte de justice mémorielle. Thiaroye ne doit plus être un lieu de silence, mais un lieu de reconnaissance et de réparation.
Ces nouvelles découvertes pourraient forcer les autorités françaises à revoir leur position sur cet épisode encore largement minimisé dans les récits officiels. Elles pourraient aussi ouvrir la voie à une reconnaissance officielle, voire à des réparations symboliques ou matérielles envers les descendants des victimes.
Le peuple sénégalais, et plus largement africain, attend depuis longtemps que l’histoire soit dite dans sa vérité crue, sans fard ni faux-semblants. Ce chantier archéologique est aussi un chantier de dignité, une démarche courageuse qui devrait inspirer d’autres nations à revisiter les pages sombres de leur passé colonial.