Quarante-cinq ans après sa publication, Une si longue lettre, roman culte de l’écrivaine sénégalaise Mariama Bâ, trouve enfin le chemin du grand écran. La réalisatrice Angèle Diabang signe cette adaptation cinématographique très attendue, projetée en avant-première presse le 2 juillet 2025 au Cinéma Pathé Dakar, en présence de l’équipe du film.
Un hommage au roman et à la dignité des femmes
Le film, d’une durée de 1h40, met en scène l’histoire poignante de Ramatoulaye, interprétée par Amélie Mbaye, une enseignante dont la vie bascule après que son époux décide de prendre pour seconde épouse Binetou, la meilleure amie de leur fille aînée. Une trahison intime qui plonge Ramatoulaye dans un combat silencieux, entre douleur, dignité et volonté de préserver ses enfants.
Au-delà de la polygamie, le film aborde des thèmes universels tels que l’amour, l’amitié, le pardon et la famille, portés par un casting intergénérationnel qui réunit des figures du théâtre sénégalais comme Ndèye Coumba Coulibaly et Cheikh Seck, le comédien gabonais Serge Abessolo, ainsi que de jeunes talents émergents.
Douze années de persévérance
Réalisé au prix de douze années d’efforts, le projet a rencontré de nombreux obstacles, notamment financiers. Angèle Diabang a tenu à préserver l’image positive du Sénégal, refusant des financements conditionnés par une vision négative du pays : « Je refusais qu’on m’impose un regard négatif sur le Sénégal. Je veux toujours mettre en valeur ma culture », a-t-elle expliqué.
Une œuvre internationale déjà saluée
Présenté dans plusieurs festivals internationaux prestigieux, notamment au Fespaco, à New York, au Locarno Film Festival, au Dakhla Film Festival, et à Tours, le film est également en lice pour six distinctions aux Nisa, prévues le 19 juillet à Abidjan.
Des hommages discrets mais puissants
Loin du simple exercice d’adaptation, Angèle Diabang a inséré dans son film de nombreux hommages aux grandes figures du Sénégal et du continent : Mariama Bâ, bien sûr, mais aussi Aline Sitoé Diatta, Annette Mbaye d’Erneville, Safi Faye, Djibril Diop Mambéty ou encore Sembène Ousmane.
« Ce sont des placements d’hommages. Je veux que les élèves, en regardant ce film, apprennent non seulement le roman, mais aussi l’histoire du cinéma et des grandes femmes du Sénégal », souligne la réalisatrice.
Un air de Kora en attente
En marge de cette réussite, Angèle Diabang confie son regret de ne pas avoir encore pu projeter son court métrage Un air de Kora au Sénégal. « J’espère que l’engouement autour de Une si longue lettre permettra enfin d’organiser cette projection », conclut-elle avec espoir.