Le dépôt légal est pourtant une obligation prévue par le Code de la Presse, imposant aux éditeurs et imprimeurs de soumettre à l’État des exemplaires de toutes les publications produites. Cette exigence vise à constituer la Bibliographie nationale, instrument essentiel de préservation de la mémoire collective.
Mais sur plus de 2 700 titres de périodiques enregistrés – toutes catégories confondues, imprimés et numériques – seuls six sont en règle avec cette disposition à ce jour. « C’est une situation dramatique », a insisté Mme Sarr, soulignant les lourdes conséquences sur l’élaboration de la mémoire documentaire du pays.
Officiellement, le Sénégal dispose d’une Bibliothèque nationale sur le plan législatif. Mais dans les faits, celle-ci n’existe pas en tant qu’institution fonctionnelle. C’est actuellement la Bibliothèque des Archives qui en assume les responsabilités, sans les moyens ni le statut requis.
Mme Sarr regrette que « les acteurs, c’est-à-dire les imprimeurs et éditeurs de presse, ne respectent pas du tout le dépôt légal », ce qui entrave gravement les missions documentaires et bibliographiques du service.
Paradoxalement, lors de la dernière vague de régularisation du secteur de la presse, un fort engouement avait été observé. « Les gens venaient en masse pour procéder au dépôt légal », se souvient Mme Sarr. Ce respect ponctuel, motivé par des impératifs administratifs, laisse entrevoir la possibilité d’un retour à la norme, à condition de mettre en place un dispositif de suivi et d’incitation.
Face à cette situation, Habibou Dia, Directeur de la Communication, a annoncé de nouvelles mesures : la mise en place d’un Conseil de gestion des archives nationales intégrant des acteurs clés tels que la Direction de la Surveillance du Territoire, la Convention des Jeunes Reporters du Sénégal (CJRS) et le CESTI.
Ce conseil aura pour mission de vérifier l’effectivité du dépôt légal pour chaque média, et de conditionner certaines autorisations administratives à l’obtention d’un quitus des archives nationales.
Le dépôt légal n’est pas une simple formalité administrative. Il constitue un baromètre de la production intellectuelle nationale, permettant de refléter la vitalité de la presse, de la littérature et de la recherche. Son non-respect compromet donc la mémoire culturelle et historique du Sénégal.
« Si les acteurs ne respectent pas le dépôt légal, la Bibliographie nationale n’est pas exhaustive. C’est une contrainte majeure dans l’exercice de nos fonctions », conclut Mme Sarr.
À l’heure où le Sénégal cherche à structurer davantage son paysage médiatique, le respect du dépôt légal apparaît comme un levier incontournable de valorisation du patrimoine documentaire et de renforcement de l’identité culturelle nationale.