Après cinq années d’activités intenses dans le cadre du projet PDDAA-XP4, les acteurs de la recherche agricole au Sénégal se sont réunis pour dresser le bilan d’une initiative majeure portée par le Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF). L’objectif de cette rencontre : évaluer les acquis, les défis et les perspectives d’un programme continental au service de la transformation agricole durable.
Mis en œuvre depuis 2019 avec l’appui de l’Union européenne à travers le programme de SIRA et géré par le Fonds international de développement agricole (FIDA), le PDDAA-XP4 vise à renforcer la recherche, l’innovation et les services de vulgarisation agricoles pour faire face aux défis climatiques, assurer la sécurité alimentaire et contribuer au développement économique du continent.
Selon Fama Ndiaye, chercheuse à l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA), des avancées notables ont été réalisées. « Des chercheurs, des groupements de femmes et divers acteurs du secteur agricole ont été formés pour accéder plus facilement aux ressources. Ces actions visent à améliorer l’efficacité des systèmes de recherche et de vulgarisation, mais aussi à favoriser la collaboration régionale », explique-t-elle.
Les formations ont notamment porté sur l’intégration du genre, un aspect jugé essentiel dans la lutte contre le changement climatique. « On ne peut pas parler de climat sans parler de genre », a rappelé la chercheuse.
Si la production de connaissances scientifiques a été abondante, leur exploitation concrète reste un enjeu central. « On produit beaucoup de connaissances, mais au finish, on en fait quoi ? Comment les valorise-t-on ? À qui sont-elles destinées ? », s’interroge Fama Ndiaye, pointant le besoin de mécanismes efficaces pour transférer les innovations vers les utilisateurs finaux, notamment les producteurs agricoles.
Parmi les technologies développées figurent des semences améliorées, des pratiques agroécologiques simples, mais nécessitant une évaluation plus approfondie de leur impact sur le climat.
Au-delà du Sénégal, le projet s’inscrit dans une dynamique panafricaine portée par cinq organisations régionales : AFAAS, FARA, ASARECA, CCARDESA et CORAF. Ensemble, elles forment un consortium engagé à appuyer les pays africains dans la mise en œuvre du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA).
« L’atelier de ce matin vise à renforcer les capacités des organisations régionales de recherche, mais aussi à favoriser le partage de technologies et la priorisation des innovations selon les besoins des pays », souligne le Dr Emmanuel Njukwe, directeur de la recherche et de l’innovation du CORAF.
Il cite notamment la création d’une plateforme climato-intelligente, un espace d’échange entre décideurs et chercheurs de plusieurs pays africains, pour une meilleure adaptation et dissémination des technologies développées.
Alors que le projet PDDAA-XP4 s’achève en décembre 2024, les partenaires s’accordent à dire que ces cinq années n’étaient qu’un début. Les acquis en matière de renforcement de capacités, de recherche appliquée et de coopération régionale devront désormais être consolidés et étendus à d’autres contextes.
Pour les acteurs sénégalais, l’enjeu est clair : faire en sorte que les technologies agricoles climato-intelligentes développées dans le cadre du projet ne restent pas dans les laboratoires, mais qu’elles profitent réellement aux producteurs et aux communautés rurales, premières victimes des effets du changement climatique.